Suivez-moi sur

« En Afrique franchement, il y a des technologies dont on n’a pas forcément besoin pour l’instant »

Médias et sociétés

« En Afrique franchement, il y a des technologies dont on n’a pas forcément besoin pour l’instant »

Cécile Thiakane est consultante en Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) et se présente comme une activiste de l’environnement. Nous l’avons rencontré dans le cadre de la 1èreédition du Forum africain des innovations technologiques pour la transition énergétique, la sauvegarde environnementale et le développement durable (Fitsedd), qui s’est tenu du 17 au 18 juin 2019 à Abidjan (Côte d’Ivoire). Avec elle, nous avons échangé sur les fondamentaux en matière de création et de transfert de technologie en Afrique.

Emmanuel Dabo : Pour vous c’est quoi le basique en matière de vulgarisation des technologies ?

Cécile Thiakane : Vulgariser, donc rendre accessible à tous !  Donc avant tout, il faut que les populations à qui elles sont destinés puissent se les approprier. Ça passe par l’investissement dans un capital humain de qualité. Maintenant cela dépend de quelle technologie on parle. Est-ce que par exemple, le fait de parler de technologies agricoles avec les drones et tous les outils technologiques de l’agriculture 4.0, correspondent aux besoins des paysans africains ? Est-ce qu’il y a de la valeur ajoutée dans ces technologies pour ces paysans ? Oui si cela passe par une meilleure compréhension de leurs besoins mais aussi par une fourniture de solutions et d’outils : diagnostic de fertilité des sols, aspects techniques comme les besoins nutritifs de leurs sols avec de la fertilisation et traitement…

Aujourd’hui il me semble que le premier défi de l’agriculture africaine est d’être davantage dans la structuration, l’industrialisation mais aussi dans la transformation tout en renforçant les capacités des agriculteurs et en les accompagnant dans une démarche outillée incluant les leviers nécessaires à l’amélioration du rendement des terres ! Donc oui il faut de la technologie pour le développement et la modernisation d’une agriculture responsable et raisonnée qui remplit son premier rôle : nourrir les populations tout en sauvegardant la planète !

Cependant, je pense qu’il y a certaines technologies en Occident dont on n’a pas besoin forcément en Afrique. Ce serait bête de vouloir les transposer parce que in finé on ne crée pas forcément de la valeur ajoutée. Et non seulement, il n’y a aucune valeur ajoutée, mais on vient créer d’autres problèmes. C’est sûr qu’il faut proscrire ce genre de technologie.

Pour en revenir aux problématiques traitées par le FITSEDD, notamment la transition énergétique et à la sauvegarde environnementale, c’est important de pouvoir réfléchir à ce qu’on veut véritablement, de définir une vision réaliste au service de l’essor des nations concomitant au bien-être des populations. Je sais que dans tout ce qui est transformation de déchets en biogaz ou biomasse par exemple, c’est très important parce que ça permet de résoudre deux problèmes. Le premier est celui du mix énergétique et le second, la gestion et la réduction des déchets qui sont devenus des tueurs silencieux.

Aujourd’hui, on a une telle pression des déchets dans nos villes mais aussi dans nos campagnes si bien que toutes solutions qu’on aura pourra mobiliser pour y faire face, seront forcément les bienvenues. Donc les technologies qui donnent des résultats probants et qui sont adaptables ici, ça fait sens de les déployer en Afrique, en ce sens qu’elles peuvent permettre aux populations du monde rural d’avoir accès à de l’énergie de qualité et à un prix abordable. L’accès à l’énergie est primordial dans le processus du développement aussi bien en zone rurale qu’en zone urbaine. Nous avons la chance d’avoir un environnemental naturel qui se prête à l’exploitation des énergies renouvelables, mobilisons les technologies disponibles, innovons pour en faire émerger le maximum, fertilisons les bonnes pratiques pour l’efficacité énergétique, nous pourrons exporter nos solutions vers d’autres pays.

Emmanuel Dabo : Dans le processus de création, transition ou transfert de technologies, quelle est la place de l’humain ?

Cécile Thiakane : Je dis toujours que c’est l’homme qui conçoit les algorithmes, qui programme les machines. C’est vrai qu’il est important d’automatiser certains procédés complexes car cela permet de gagner du temps en libérant l’homme de certaines tâches chronophages. Par contre, je ne suis pas pour une technologie déshumanisée. Je défends une technologie qui met l’humain au cœur de la stratégie et au cœur des actions. L’objectif doit être centré autour du gain pour l’humain en qualité de vie. Une technologie de plus en plus poussée, pour créer d’autres problèmes devrait être bannie. La technologie doit être raisonnée. Elle a besoin d’être placée du point de vue de l’humain pour pouvoir justement être à son service et ne pas devenir une technologie, qui se sert de l’humain pour créer plus de mal être ou plus de déséquilibre entre les pays riches et les pays pauvres.

Emmanuel Dabo : Mais comment arriver à construire cette technologie qui met vraiment l’humain au centre ?

Cécile Thiakane : C’est de la responsabilité des concepteurs de programmes. Je pense aujourd’hui que les data scientists pour les technologies d’intelligence artificielle, en fait doivent être aussi sensibilisés à ces questions-là, mais aussi tous les intervenants sur l’ensemble de la chaine de valeur. Assez souvent on pense que les nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle vont faire disparaître beaucoup de métiers et sont d’ores et déjà perçues comme une menace, mais on sait qu’elles représentent aussi des opportunités pour de nouveaux métiers à venir. Il faut former un capital humain de qualité dans ce sens pour s’inscrire dans l’échelle des chaines de la valeur mondiale. Il est également nécessaire de garder un sens éthique et moral car les technologies doivent servir l’homme et non le contraire. Je milite pour une technologie idoine pour appuyer nos efforts de développement d’abord et c’est pour ça que je pense qu’en Afrique, il y a des technologies dont on n’a pas forcément besoin pour l’instant. Ne sautons pas des étapes. Nous pouvons aller vite mais ne « soyons » pas en décalage avec nos besoins spécifiques. Pour l’heure, soyons focalisés sur les technologies qui nous permettent de pouvoir asseoir nos plans d’émergence et le bien-être des populations.

Emmanuel Dabo : Qu’est-ce qui serait donc idéal pour l’Afrique ?

Cécile Thiakane : J’ai bossé avec mes collègues data scientists sur un programme de e-santé, un logiciel qui permet de pouvoir automatiser des diagnostics médicaux via de l’imagerie médicale à la place du médecin. C’est important parce qu’il y a des zones en Afrique où il y a de grande carence en professionnels de santé, ce qui rallonge les délais d’attente dans la prise en charge de certaines pathologies. Donc automatiser le processus pour diagnostiquer certaines maladies via l’imagerie médicale, je dirais que c’est très positif. Sur la e-santé, il y a de belles technologies qui sont à mettre en œuvre pour pallier au manque de professionnels, mais aussi pour pouvoir aller vite dans la prise en charge des malades. On sait que certaines pathologies quand elles sont diagnostiquées précocement peuvent être prises en charge et traitées rapidement et cela permet de sauver des vies.

Donc pour conclure, je dirai qu’un des leviers de croissance de l’Afrique reste inexorablement la capacité des Africains à répondre aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux du numérique et des nouvelles technologies. La gestion de la santé à distance en fait partie, il y a aussi une pléthore d’opportunités sur les secteurs de l’énergie, l’agriculture et l’alimentation, sur l’éducation et sur l’industrialisation et sur la préservation de l’environnement.

Click to comment

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

D'autres informations sur Médias et sociétés

SUIVEZ-MOI SUR FACEBOOK

RÉCEMMENT PUBLIES

Archives

Étiquettes

Catégories

To Top