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Interview : « le vrai défi au niveau du digital se trouve au niveau du contenu », Rolland Albani, fondateur de Sao magazine.

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Interview : « le vrai défi au niveau du digital se trouve au niveau du contenu », Rolland Albani, fondateur de Sao magazine.

Rolland Albani est un Camerounais résident au Tchad depuis 2013. Diplômé d’une licence professionnelle en graphisme et en production audiovisuelle depuis 2009, il est le fondateur de Sao magazine, un magazine en ligne dédié à la promotion de la culture Tchadienne. Dans cette interview, il relate la création de son magazine ainsi que les principales difficultés auxquelles les acteurs du digital au Tchad sont confrontés. 

Comment est né Sao magazine ?                                                                                                                                      

Je suis dans le domaine de la communication cela fait pratiquement 7 ans. C’est vrai que c’est le boulot qui m’a emmené au Tchad parce qu’il fallait venir assurer une place de graphiste dans une agence de communication. Mais étant déjà très impliqué dans tout ce qui était culturelle au Cameroun, c’est tout naturellement que je me suis encore mis dans la culture une fois arrivé au Tchad. Au Tchad, j’ai trouvé un environnement qui étais encore très embryonnaire, un terrain presque vierge. Donc, il y avait vraiment à faire, beaucoup à faire et, c’est comme ça qu’armé de beaucoup de passion et surtout beaucoup de volonté que j’ai commencé à exercer dans la culture.

80% des informations étaient de source orale

L’aventure a commencé en 2014 avec l’émission Afro Buzz Ndjamena que j’avais initié et proposé à Vox Africa qui a directement accepté le projet et on a commencé avec cette émission à promouvoir tout ce qui se faisait ici en matière de culture. Cela a duré 2 ans et par la suite, il fallait passer à autre chose. Alors, j’ai remarqué simplement qu’il y avait une demande qui était là. On n’avait pas de site internet consacré à la culture au Tchad. On a beaucoup de sites qui sont là mais, c’est beaucoup plus de la politique qu’il s’agit. On n’avait vraiment pas une plateforme où on retrouvait exclusivement de la culture. Donc, c’est de là que l’idée est partie. C’est vrai, au départ je me suis dit on va aller sur un portail culturel mais malheureusement dans la collecte des données, 80% des informations étaient de source orale. C’était donc difficile d’avoir quelque chose de matériel pouvant être mis à la disposition du portail. Alors, on s’est dit finalement qu’il faut transformer le projet en allant sur un magazine culturel parce que l’avantage avec le magazine culturel, on part sur l’existant et on commence une sauvegarde à partir de l’existant. Donc, c’est comme ça que Sao magazine est né.

Quelles ont été les principales difficultés rencontrées dans les premiers moments de Sao magazine ?

Au départ de Sao magazine, je n’ai vraiment pas rencontré de problème parce que je m’étais déjà fait une réputation avec Afro Buzz Ndjamena. Donc, j’avais déjà gagné une certaine crédibilité auprès des artistes et des promoteurs culturels. Ils savaient que j’étais toujours présent aux événements. Je crois que de 2013 à aujourd’hui, j’ai couvert 90% de ce qui se fait en matière de culture au Tchad. J’ai parcouru le Tchad du nord au sud, de l’est à l’ouest. J’ai eu l’opportunité de parcourir presque l’ensemble du Tchad. Donc, au moment où je lance le projet Sao magazine, le seul défi qui se présentait, c’était le défi de la connexion internet qui est excessivement chère ici. Mais pour moi, étant donné que j’avais collecté assez de données et avec tout ce que j’avais couvert comme événement, le vrai défi au niveau du digital se trouve au niveau du contenu. C’est vraiment d’avoir du contenu original à proposer aux gens. Donc, c’était en fait ça le plus gros défi. Et, ça été un parcours fait de beaucoup de volonté et d’abnégation de se déplacer tout le temps, tous les weekends, aller vers les activités culturelles, chercher déjà l’information parce que l’information n’est pas partagée. Les artistes n’ont pas ce réflexe lorsqu’il y a des événements de chercher à avoir un témoin vidéo ou photo.

le vrai défi au niveau du digital se trouve au niveau du contenu

Quel est le problème avec internet au Tchad ?

L’internet aujourd’hui, c’est du donner et du recevoir. Ce qu’il faut souligner sur l’internet du Tchad, c’est que lorsqu’on dit 1 giga à 12.000 francs CFA, c’est 1 giga qui vous permet de recevoir 1 giga de données qui viennent d’ailleurs mais qui ne vous permet pas de partager 1 giga d’informations avec l’extérieur. Ça vous permet à peine de partager 200 mégas. 200 mégas, c’est à peine le poids d’une vidéo HD de 2 minutes. Donc, le défi était énorme. Il fallait trouver d’autres connexions. Il fallait aller auprès de certaines connaissances qui travaillent dans certaines ONG réputées pour avoir une connexion internet de qualité. Il fallait trouver cette connexion pour pouvoir uploader les choses en ligne. Ce n’était vraiment pas facile.

Comment Sao magazine est-il organisé ? Comment fonctionne-t-il ?

Il y a une équipe derrière Sao magazine. L’équipe est très restreinte. C’est une équipe de 3 personnes et je vais dire, je suis la face visible de l’équipe. Je remercie la formation que j’ai suivie. Elle me permet de mener un projet multimédia tout seul sans avoir besoin d’une main extérieure. Moi seul, je suis capable de faire des photos, de faire des vidéos, d’écrire un article, de faire un montage, de publier, d’administrer un blog, d’animer une page Facebook, etc.  Donc, j’ai vraiment cette autonomie qui fait que je n’ai vraiment pas besoin de ressources externes pour arriver au bout d’un projet. Cela veut dire que ceux qui interviennent autour, interviennent dans des conditions et domaines plus souples qui n’impactent pas sur le fonctionnement du magazine. Nous avons quelques contributeurs mais avec la charte éditoriale que nous avons mis en place pour Sao magazine, nous avons préféré rester dans l’anonymat des contributeurs parce qu’on ne voudrait pas que la personnalité du contributeur puisse jouer sur le contenu qu’il a produit. Pour nous, l’essentiel c’est d’attirer l’attention des gens sur le contenu et non sur les personnes.

Parlons contenu, Sao magazine est focalisé sur les activités culturelles se déroulant au Tchad alors que toi-même, tu viens du Cameroun. Ne vises-tu pas au-delà des frontières Tchadienne ?

Nous visons au-delà des frontières Tchadienne parce que le slogan de Sao magazine, c’est : « cultiver le Tchad sur le monde. Cultiver le monde sur le Tchad ». Donc, il y a une cible extérieure à qui on veut vendre le bon vivre et le bien vivre du Tchad. Il y a des mauvaises choses. Chaque pays à ses réalités mais nous voulons vendre une image positive du Tchad. Sincèrement la cible prioritaire de Sao magazine, c’est l’extérieur. A l’intérieur, on essaie d’impacter sur la communauté autour de nous, ceux qui n’ont pas accès au digital. On s’arrange à prendre ce qu’ils ont et à le mettre en lumière sur le digital pour eux. Pour eux aussi, l’objectif est de toucher l’extérieur, de permettre à ce que ce qu’ils produisent comme œuvre, puisse intéresser l’extérieur quitte à demain, recevoir une invitation pour un festival, un concert, etc.

C’est bien beau mais il faut que Sao magazine vive et ait les moyens d’atteindre ses objectifs !

Exactement ! Jusqu’à aujourd’hui, il n’y a vraiment pas de rémunération. Dire qu’aujourd’hui, il aurait une rémunération derrière Sao magazine, ce serait faux. On fonctionne sur fonds propres. Mais, nous sommes sur un projet et vraiment on vise le long terme. Aujourd’hui à Sao magazine, on ne se presse pas de commercialiser nos services parce qu’on se dit qu’on doit encore essayer de murir, de grandir, de vraiment s’imposer dans le milieu. Sinon, la visée est claire. Ayant travaillé dans le monitoring du digital à l’avance, je sais exactement où est-ce que la demande se trouve. Je connais quelles sont les entreprises qui demain ou après-demain, pourraient être intéressé. Il y a ce travail en background qui est en train d’être fait pour appâter ces différentes entreprises que nous savons qui, tôt ou tard viendront vers Sao magazine pour communiquer.

A te suivre, tu nourris des idées de collaboration avec le secteur privé, public et même avec la diaspora?

Exactement ! Nous avons beaucoup de retour de la diaspora. La diaspora Tchadienne est la plus scotchée aujourd’hui sur Sao magazine et beaucoup plus, sur la chaîne YouTube de Sao magazine. Le digital a cette chose-là, qui fait que les gens sont plus près à communiquer par la vidéo qu’à lire un texte. Ce qui fait qu’à Sao magazine, c’est 80% de vidéos. On fait énormément de vidéos. Même quand nous faisons du texte, c’est beaucoup d’images et très peu de textes qui viennent derrière. C’est par là qu’on sait que la communication digitale est en train d’évoluer et là justement, on a la diaspora qui est contente parce que tout ce qu’on met en ligne en matière de vidéo, c’est du HD. Le son est traité sur de la vidéo issue des appareils photos reflex. Ce ne sont pas des fichiers de téléphone. Donc, on travaille vraiment sur du HD et de façon très professionnelle. Ce qui fait que la diaspora s’y retrouve et aujourd’hui, on sait exactement, quelle est la demande et par comment Sao magazine va évoluer dans le long terme. Nous avons un planning qui est clair.

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